Les pressions

1 - Les Pressions Naturelles

1.1 - Les Cyclones

Les cyclones sont suffisamment fréquents en Nouvelle-Calédonie pour avoir un impact sur la morphologie des récifs coralliens. Le dernier en date, Béti (1996), a largement affecté le récif Ricaudy. Outre l’impact direct de destruction du à la force des houles cycloniques, les cyclones induisent une forte sédimentation en zone lagonaire au débouché des rivières, particulièrement dans les bassins-versants touchés par l’exploitation minière.

1.1 - Le Blanchiement des Coraux

Suite à une anomalie positive de température de l’eau de mer en 1995, un important phénomène de blanchissement a affecté les coraux ainsi que certains alcyonaires, de janvier à mars 96. C’est la première fois qu’un phénomène d’une telle ampleur est observé en Nouvelle-Calédonie. Autour de Nouméa, des taux de mortalités coralliennes de 80%, voire 90% sur certains platiers peu profonds ont été observés (Richer de Forges et Garrigue, 1997). Le phénomène a affecté également la pente externe jusqu’à 60 m de profondeur (Menou, in Richer de Forges, 1998) et même l’Aquarium de Nouméa (Joannot, 1996). En revanche, en 97-98 aucun phénomène n’a été observé.

Blanchissement de coraux (Photo P Laboute)
Blanchissement de coraux (Photo P Laboute)

1.3 - Acanthaster

En 1980, certains récifs ont été affectés par Acanthaster planci, étoile de mer de grande taille qui se nourrit de tissus coralliens, mais il semblerait que les effets aient été limités. Des dégradations ponctuelles sont observées mais aucune évaluation scientifique n’en est faite. Un nouveau développement est observé depuis quelques mois (1998), depuis un foyer situé dans la réserve de l’îlot Maître (LERVEM).

Infestation par Acanthaster (Photo P Laboute)
Infestation par Acanthaster (Photo P Laboute)

2 - Les Pressions anthropiques

2.1 - Mines et Sédimentation Terrigène

Les problèmes d’érosion et de sédimentation naturels sont fortement accentués par les feux de brousse et surtout par l’exploitation minière. Ces problèmes représentent, en période de crues cycloniques, la plus importante source de dégradation pour le littoral, les récifs frangeants et le lagon, en particulier sur la côte est.
La Nouvelle-Calédonie est le troisième producteur mondial de nickel (en tonnage de métal contenu).
Depuis l’origine, vers 1874, jusqu’à nos jours plus de 160 millions de tonnes de minerai ont été extraits, ce qui représente environ 300 millions de m3 de stériles latéritiques qui ont été remaniés. Ce sont ces stériles non stabilisés qui, lors des forts épisodes pluvieux, sont entraînés dans le lagon. L’impact de l’activité minière sur les récifs autour de l’île n’a pas été évalué. Si de beaux récifs peuvent encore être présents en aval de bassins miniers (Nakety, Kouaoua), on estime néanmoins que quarante cours d’eau, et indirectement les récifs autour des estuaires, en aval, sont touchés par l’activité (Bird, et al. 1984).
Des mesures effectuées par l’ORSTOM permettent de fixer quelques chiffres à l’échelle d’un bassin versant exploité :
l’étude du bassin de la Ouenghi (245 km2) montre qu’en 28 ans, la somme des apports solides résultant de l’érosion naturelle et de l’exploitation a été évaluée à 1.000.000 m3 ce qui a conduit à une progression du delta dans le lagon de 300 à 400 m sur un front de 3 km, enfouissant les récifs coralliens sous les sédiments, sur 100 ha. Des études de l’ORSTOM sont en cours sur l’impact de l’érosion et de la sédimentation, en particulier sur les poissons.
L’érosion naturelle peut également poser des problèmes, notamment lorsque la mangrove, qui maintient les sédiments, disparaît et ne joue plus son rôle protecteur. Ainsi, en zone urbaine, la baie de Sainte-Marie à Nouméa est un exemple de baie et récifs envasés par les apports sédimentaires, en raison de la disparition de la mangrove. L’épaisseur des sédiments atteint localement plus de 8 m.

2.2 - Aménagement du littoral, remblais et dragages

L’aménagement de la bande littorale dans la zone urbaine de Nouméa et la construction de certaines routes littorales sur la mer, par endiguement et remblaiement, ont conduit à la destruction de portions très importantes de mangroves et de récifs frangeants dans toute la zone urbaine. Entre 1955 et 1993, 380 ha de mangroves et autres milieux biologiques ont été remblayés ou creusés.
Les surfaces totales remblayées ont touché les secteurs de Montravel, Doniambo, les Portes de Fer, les 4ème, 5ème et 6ème Kilomètres, la Rivière Salée, le fond de Taragnat et Ouémo.
Des projets récents ou en cours prévoient, le plus souvent sans étude d’impact, une extension de ces remblais ou des aménagements sur les platiers ou les mangroves (golf, routes, quais etc., Holthus, 1997) .

2.3 - La Pollution Industrielle et Domestique

La pollution industrielle et domestique, en l’absence d’assainissement, est surtout significative aux environs de Nouméa et probablement autour des autres gros centres urbains, quoique aucune étude n’ait été réalisée.
La consommation d’eau moyenne est estimée en 1996 à 585 l/j/hab., soit le double de la moyenne métropolitaine en secteur rural.
En 1986, l’étude pour le schéma directeur d’assainissement de la presqu’île de Nouméa, estimait que 87% de la pollution produite atteignaient le lagon.
Dans une moindre mesure, la concentration des bateaux de plaisance, qui rejettent directement leurs eaux usées au niveau des baies de Nouméa, représente une source localisée de pollution. L’utilisation de peintures antifouling au tributyl étain (TBT), interdite en Europe, est toujours autorisée en Nouvelle-Calédonie (UICN, 1997).
D’autre part, l’usine de traitement de nickel est située en rade de Nouméa. L’importance de la pollution marine par les métaux et son extension en mer sont inconnues. L’usine rejette par ailleurs des eaux qui, au départ des bassins, sont à une température de 45°C.

2.4 - Exploitation des Ressources

La pêche artisanale regroupe les professionnels, peu nombreux (350 embarcations), les plaisanciers (12.000 unités) et la pêche vivrière, qui est la plus importante. La production lagonaire totale est de l’ordre de 4.500 t, dont plus de 70% pour la pêche vivrière et plaisancière. Les poissons dominent la production lagonaire (environ 50%), avec les holothuries ("bêches de mer") et les coquilles de trocas toutes deux destinées à l’exportation. La production de la pêche lagonaire comprend également des langoustes pêchées dans la région de Yaté et à l’île des Pins, des huîtres ramassées principalement sur la côte nord et le crabe de palétuviers (Scylla serrata), pêché sur l’ensemble du Territoire par les tribus mélanésiennes qui en tirent un revenu substantiel.
L’exploitation des ressources du lagon ne cause pas de problèmes majeurs. La principale pression de pêche se situe dans la partie sud du lagon, où les pêcheries artisanales, essentiellement vivrières, sont actives et où leur impact est amplifié par la pêche de loisir ou la chasse sous-marine (114 t/an). Des pressions ont également été enregistrées sur les peuplements en Province nord, autour de Kone et de Nepoui.
Avec des chutes de rendement sensibles ces dernières années, les stocks de bêche de mer (environ 100 t/an, poids sec) et du troca (250 t exportées en 1996), en revanche, sont dit surexploités. On note également aux alentours de Nouméa, à partir de données historiques, la raréfaction des huîtres de rocher, des palourdes, des huîtres perlières, des grisettes, des petites coquilles Saint-Jacques, les rougets... (in Holthus, 1997). Les spongiaires, bryozoaires et poissons d’aquarium sont exploités à petite échelle. La "coquille St Jacques" (Amusium balloti) fait l’objet depuis peu d’une exploitation commerciale dans le lagon nord, entre la Grande Terre et les îles Belep. L’étude scientifique de l’espèce a permis de fixer les règles d’exploitation. A la demande de la Province nord, l’exploitation est suivie par l’Université.
Le problème résiderait plus dans la destruction des habitats et en particulier des nurseries (herbiers, mangroves et récif frangeants).

2.5 - La Collecte de loisir  de Mollusques Marins

Compte tenu de leur distribution souvent restreinte, et malgré l’absence de recensement précis, on peut craindre que la collecte de certaines espèces rares par les collectionneurs puisse mettre ces espèces en danger d’extinction, en particulier les espèces endémiques comme Cymbiolacca thatcheri et Lyria grangei, endémiques aux Chesterfield, où en l’absence de surveillance de ces îles éloignées, la collecte par des bateaux faisant escale serait non négligeable (Richer de Forges, 1998). Outre la disparition des espèces, la collecte s’accompagne de la destruction des biotopes par retournement des blocs (collecte de porcelaines niger).

2.6 - L'Exploitation des Coraux

A l’issue d’une étude de stocks, l’exploitation professionnelle des madréporaires à des fins d’ornementation ou à des fins médicales connaît un développement limité. La réglementation en vigueur n’autorise la pêche du corail que sur le récif de Tetembia. De 1986 à 1990 la pêche du corail était essentiellement destinée à l’exportation, aussi bien brut que travaillé.
A l’issu d’une étude de stock et de gestion de l’exploitation, des mesures de gestion et des quotas de pêche ont été imposés. Depuis 1990, l’activité est arrêtée mais de nouvelles demandes d’exploitation sont formulées.
Une concertation actuelle des services compétents vise à proposer une nouvelle réglementation plus restrictive. La production de corail à des fins médicales n’atteint pas 2t.

2.7 - Les Loisirs et Le Tourisme

Compte tenu du faible nombre de touristes, l’impact touristique sur le milieu est encore faible. Les principaux problèmes concernent :
• l’absence d’étude d’impact pour la réalisation des projets hôteliers et les dégradations des milieux en phase chantier,
• les rejets d’eaux usées, traitées ou non, qui s’effectuent le plus souvent dans le lagon,
• le nourrissage de poissons, qui bouleverse les réseaux trophiques, et le nourrissage des requins,
• la collecte des organismes marins sur les platiers devant Nouméa qui s’accompagne du piétinement de ces platiers (exemple du récif Ricaudy).

Les activités de plaisance et la pêche de loisir en mer sont importantes, avec environ 12.000 embarcations, dont plus de 60% dans le Grand Nouméa. Malgré la réglementation et un prélèvement individuel faible en moyenne (10 à 13 kg par bateau et par sortie), la plaisance applique une charge conséquente sur les stocks halieutiques.
L’augmentation importante de la flottille plaisancière ces dernières années, ainsi que celle du rayon d’action de ces unités, a pu entraîner une certaine dégradation par ancrage autour des sites du lagon sud les plus fréquentés, ainsi qu’une certaine pollution par rejets d’eaux usées dans les secteurs de mouillage.

2.8 - Trafic Maritime dans le Lagon et Risque de Pollution

Le minerai de nickel est transporté par voie maritime dans le lagon. Les minéraliers de 25.000 tonnes effectuent des rotations entre les différents centres miniers du Territoire et l’usine métallurgique de Doniambo à Nouméa ; le débit total de déchargement à Nouméa peut atteindre 1.800 t/heure environ.
Ces opérations ainsi que les transports maritimes constituent des risques de pollution pour le lagon, comme en témoigne l’échouement d’un minéralier, en 1992, sur le banc du Vandégou dans le canal de la Havannah. En raison des conditions hydrodynamiques du site d’échouement, proche d’une passe, la pollution n’aurait eu qu’un impact très limité et localisé à la zone de déchargement. Le risque n’en est pas moins existant.
Les risques concernent également les déversements accidentels d’hydrocarbures et de produits chimiques transportés par voie maritime dans le lagon. Un petit accident pétrolier a eut lieu en 1996 dans le lagon sud-ouest, détruisant quelques centaines de mètres de mangroves.

2.9 - L'Extraction des Matériaux Coralliens

Les extractions sauvages sur les plages ont toujours existé mais se multiplieraient en raison des besoins croissants. L’importance de cette activité n’est pas connue. Contrairement à la Polynésie, l’extraction de "soupe de corail" par dragage des récifs n’est pas une activité qui se pratique en Nouvelle-Calédonie. Des extractions ponctuelles dans le cas d’aménagements littoraux peuvent néanmoins intervenir (cas de l’hôtel Méridien à Nouméa). Jusqu’à présent l’exploitation des granulats dans le lagon a été refusé par la Province sud.

2.10 - Aquaculture et eutrophisation des Eaux

En 1996, la production de crevettes a atteint 964 tonnes pour une superficie de bassins aquacoles de 374 ha. Les eaux usées des fermes aquacoles sont rejetées au lagon provoquant un apport d’éléments nutritifs, entraînant une hypersédimentation et une certaine eutrophisation des eaux. Actuellement le problème est limité à un envasement très localisé des zones de rejets. L’étude de l’impact des rejets est en cours (ORSTOM-IFREMER).

2.11 - La Ciguatera

On signalait une quarantaine de cas de ciguatera par mois vers les années 1980, les cas déclarés en 1992 sont de 299.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site