Etat du milieu marin en Nouvelle-Calédonie

Etat des connaissances

Les récifs de Nouvelle-Calédonie restent mal connus. Les fonds de lagons ont fait l’objet de campagnes d’étude (Richer de Forges, 1991, Clavier et alii, 1995), mais les zones construites, récifs sensu stricto ne sont réellement connus qu’aux abords de Nouméa. La qualité et l’état des milieux sont mal connus.
Les récifs les mieux connus sont localisés dans le lagon sud-ouest, près de Nouméa : zone lagonaire de 1.300 km2 située au sud de Grande-Terre, récif Aboré, récif de Tetembia, récifs des îlots Tenia, Maître, Larégnère, Signal, Amédée et Bailly. A la demande de la Province sud, des cartographies thématiques des platiers récifaux de la plupart de ces îlots ont été réalisées par l’ORSTOM. 
L’atoll d’Ouvéa a fait l’objet d’études de la part de l’ORSTOM et d’une compilation de l’ensemble des résultats (Kulbicki, 1995). Le lagon nord et les îles commencent à être prospectés sur le plan de la ressource.
Les îles et atolls éloignés sont eux aussi pratiquement inconnus, à l’exception de quelques études étrangères et de quelques campagnes de l’ORSTOM qui ont permis une meilleure connaissance des fonds (Huon et Surprise, Beautemps-Beaupré, Lansdowne et Fairway, Chesterfield, Bellona).

Les récifs coralliens
La Grande Terre de Nouvelle-Calédonie est bordée par une couronne de constructions récifales immergées d’une superficie d’environ 8.000 km2 et large de 100 à 1.000 m. Ce récif barrière continu, excepté dans le sud-est où il est en partie submergé ou absent, est distant de 1 km à 70 km environ de la côte. Il délimite un lagon d’environ 20.400 km2 dont la profondeur moyenne est de 25 m dans l’ouest et de 40 m dans l’est avec un maximum de 80 m. Différents types de récifs, récifs frangeants et barrières, récifs d’îlots, atolls et bancs coralliens, sont présents.
La pente externe est douce jusqu’à 20 m, puis se succèdent des tombants verticaux entrecoupés de plates-formes.
La barrière est entaillée de nombreuses passes, profondes de 30 à 80 m.
Le littoral est bordé par un récif frangeant. Le lagon est divisé en plusieurs entités géographiques : le lagon sud-ouest, compris entre Téremba au nord et l’île des Pins au sud ; le lagon est, entre le canal de la Havanah au sud et la passe d’Amos au nord ; le lagon nord, compris entre l’estuaire du Diahot au sud et le Grand Passage au nord qui sépare le lagon nord proprement dit de l’atoll de Surprise ; le lagon nord-ouest, compris entre Poya et l’île de Yandé.
Mis à part l’île d’Ouvéa, qui est un atoll en partie immergé, les Loyauté ne possèdent que des récifs frangeants. Les îlots volcaniques Matthew et Hunter présentent des formations coralliennes réduites.
Les principaux biotopes coralliens sont les formations coralliennes construites, mal connues, et les formations de fond de lagon où trois grands peuplements benthiques ont été définis : ceux des fonds envasés, ceux des fonds de sables gris de la plaine lagonaire, et ceux des fonds de sables blancs de l’arrière-récif. Les groupes quantitativement dominants y sont les mollusques, les éponges et les échinodermes.

Le récif barrière (Photo PA Pantz)
Le récif barrière (Photo PA Pantz)

Les mangroves
Elles couvrent au total une superficie estimée à 20.250 ha. Elles occuperaient 79% du littoral occidental de la Grande Terre, où les conditions d’habitat sont plus favorables que sur le littoral oriental (14% du littoral). Elles sont également présentes, moins étendues, à l’île des Pins, aux Iles Loyauté, plus spécialement à Ouvéa, et dans le nord jusqu’aux Iles Belep.
Sur le plan floristique, les mangroves se composent de 11 à 16 espèces, selon les zones, toutes indo-pacifiques. Elles forment une végétation dense assez basse, les plus grands arbres ou palétuviers n’excédant guère 10 mètres de hauteur. En général le genre Rhizophora colonise les sédiments fins et constitue la frange la plus externe de la mangrove, puis Bruguiera gymnorrhiza tend à dominer sur les vases consolidées, tandis qu’Avicennia officinalis préfère des substrats plus caillouteux.

La mangrove (Photo P Laboute)
La mangrove (Photo P Laboute)

Les herbiers de phanérogames
Les herbiers sont mal connus, à l’exception du lagon sud-ouest (Garrigue, 1995). Ils sont présents sur la partie peu profonde de la plaine lagonaire, sur les fonds côtiers profonds envasés (H. decipiens) et dans les petits fonds côtiers (< 5 m) ou autour des îlots. Douze espèces de phanérogames ont été identifiées.

L’état de santé des récifs coralliens, des mangroves et des herbiers n’est pas quantifié et mal connu. En dehors des zones récifales en aval des bassins-versants miniers, en particulier sur la côte est, et de certains récifs aux abords de la ville de Nouméa, la plus grande majorité des récifs serait en bonne condition.

Les études en vue du schéma d’aménagement et de gestion de la zone côtière de Nouméa ont montré que certains récifs frangeants avaient été détruits par l’aménagement urbain, entre autre par les remblaiements, la sédimentation et la pollution des eaux, et par l’activité minière. L’extension et l’importance des destructions restent non évaluées. Des études sont actuellement menées par l’ORSTOM en baie de Sainte-Marie, à Nouméa, sur l’impact des rejets domestiques sur l’environnement.

La mangrove est fortement dégradée dans la région de Nouméa où 23 à 28% de la mangrove a été détruite depuis 1960 (in Bour et al, 1994). 200 ha d’autres milieux biologiques côtiers ont disparu dans cette zone en raison des aménagements urbains (lotissements, golf, route).

Malgré la très grande richesse de sa faune et de sa flore récifales, la Nouvelle-Calédonie reste peu connue des biologistes. En 1991, une étude sur les fonds meubles des lagons (ORSTOM), faisait la synthèse des informations collectées au cours du programme "Lagon" lancé en 1984. Plus récemment (1993), l’ORSTOM s’est intéressé à la biodiversité des mollusques des environnements lagonaires et récifaux sur deux sites du nord, ainsi qu’à l’étude complète du lagon d’Ouvéa.
Les paysages sous-marins des lagons et des récifs sont dominés par les coraux autour desquels prolifèrent algues, éponges, vers, mollusques, échinodermes, crustacés, reptiles et poissons.
Le bilan des connaissances sur la biodiversité marine en Nouvelle-Calédonie fait état d’environ 15.000 espèces (ORSTOM), mais de nombreux secteurs demeurent encore inexplorés, ce qui laisse à penser que la biodiversité est bien plus élevée encore. L’endémisme moyen est de l’ordre de 5%. Parmi les espèces endémiques citons les mollusques : Cymbiolacca thatcheri et Lyria grangei, endémiques des îles Chesterfield, ou le Nautile Nautilus macromphalus.

La faune marine de Nouvelle-Calédonie comporte plusieurs espèces rares ou menacées répertoriées par le Livre Rouge de l’UICN et par la CITES (Convention sur le Commerce International des Espèces menacées de la Faune et de la Flore sauvages).
En annexe I de la CITES sont inscrits les mammifères, dont les baleines, le Dugong et les tortues.

Les mammifères : une dizaine d’espèces de cétacés ont été répertoriées (Opération Cétacés). Une activité de d’observation des baleines "whale watching" est en cours de développement, dans le sud du lagon, qui implique quelques centaines de touristes/an et moins d’une dizaine d’opérateurs touristiques.

Le Dugong (vulnérable) est théoriquement protégé mais il fait l’objet de quelques captures pour sa chair, à l’occasion de fêtes coutumières.
Le braconnage, impossible à quantifier, reste l’une des préoccupations principales et certaines chefferies ont volontairement arrêté la capture de ces animaux pour les fêtes coutumières. Il semble cependant que cette espèce ne soit pas menacée par la pêche.
En revanche la dégradation de son habitat, les herbiers, en zone littorale serait plus préoccupante, notamment sur la côte est en raison des activités minières. Les stocks sont inconnus, seul un inventaire succinct d’observations ayant été réalisé à ce jour.

Les tortues : la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances sont des aires de reproduction et de nutrition importantes pour la tortue verte (Chelonia mydas), la tortue bonne écaille (Eretmochelys imbricata) et la tortue à grosse tête (Caretta caretta) ; la tortue luth (Dermochelys coriacea) est également présente. L’exploitation est réglementée, la commercialisation interdite.
Les marquages confirment la migration de tortues vertes entre les aires de nutrition de la côte sud-est australienne et les aires de pontes du nord de la Nouvelle-Calédonie. L’exportation des carapaces est aujourd’hui très surveillée et le braconnage se limiterait à l’autoconsommation.

Reste le problème de la surveillance dans les îles éloignées.
En annexe II de la CITES, sont inscrits les Tridacna (bénitiers) et les coraux. Par ailleurs d’autres espèces sont rares et/ou menacées :

Les crustacés : le crabe de cocotiers est menacé, en raison de la destruction de son habitat. En revanche, les études de l’Université montrent que les stocks de langoustes ne sont pas surexploités, mais la langouste de Bourail est vulnérable, du fait d’un habitat très localisé.

Les mollusques : parmi ceux qui font l’objet de collecte, certaines espèces, de distribution restreinte ou endémiques, sont vulnérables et potentiellement menacées comme les volutes (Cymbiola desayesi, C. rossiniana, Cymbiolacca thatcheri et Lyria grangei) ; leur inscription en annexe II de la liste CITES est recommandée (Richer de Forges, 1998). Une délibération a été prise dans ce sens en 1996 par le Congrès du Territoire.

Espèces marines rares ou menacées qui fréquentent les eaux de la Nouvelle-Calédonie (CHAZEAU et alii, 1994)

Balaenopteridae Megaptera novaeangliae Baleine à bosse Vulnérable (RDB & CITES I)
Physeter catodon Cachalot CITES I
Balaenoptera acutorostrata Baleine de Minke CITES I
Delphinidae Tursiops truncatus Grand Dauphin CITES II
Dugongidae Dugong dugon Dugong Vulnérable (RDB & CITES I)
Cheloniidae Caretta caretta Caret Vulnérable (RDB & CITES I)
Chelonia mydas Tortue verte Menacée (RDB et CITES I)
Eretmochelys imbricata Bonne écaille Menacée (RDB et CITES I)
Rhincodontidae Rhincodon typus Requin baleine Indéterminé (RDB)
Coenobitidae Birgus latro Crabe de cocotier Rare (RDB)
Panulirudae Panulirus penicillatus Langouste épineuse Menace commerciale (RDB)
Panulirus homarus Langouste de Bourail Rare
Cymatidae Charonia tritonis Tritonl Rare (RDB)
Tridacnidae Tridacna maxima Bénitier Insufficient information (RDB)
Tridacna squamosa Bénitier Insufficient information (RDB)
Hippopus hippopus Bénitier Not determined (RDB & CITES II)
Volutidae Cymbiola desayesi Volute Vulnerable
Cymbiola rossiniana Volute Vulnerable
Cymbiolacca tatcheri Volute Vulnerable
Lyria grangei Volute Vulnerable



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